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[article]
Titre : L'Esprit de la dissidence : Entretien avec Vladimir Boukovski réalisé par Michel Etchaninoff Type de document : texte imprimé Auteurs : Vladimir Boukovski, Auteur ; Michel ELTCHANINOFF, Auteur Année de publication : 2013 Article en page(s) : 441-453 p. Langues : Français Mots-clés : Russie Note de contenu : Vladimir Boukovski, avec Alexandre Soljenitsyne ou Andrei Sakharov, a incarné l'esprit de résistance au régime soviétique. Né en 1942, ce moscovite s'est révolté très jeune contre la propagande et l'embrigadement pour la construction du socialisme. Dès le début des années 1960, il anime les premières manifestations de la dissidence. Menacé, exclu de l'université, suivi, tabassé, il est finalement arrêté. Durant douze ans, il enchaîne les séjours en hôpitaux psychiatriques (un moyen de faire passer les opposants pour des fous), en prison et dans des camps de travail. Il lutte pied a pied pour les droits des détenus, organise des actions collectives, résiste aux tentatives pour le briser. Excédés, inquiets de sa popularité croissante, les dirigeants soviétiques finissent par l'expulser vers l'Ouest, l'échangeant en 1976 contre un leader communiste chilien.
D'abord sous le feu des médias, fascinés par sa force de conviction et son humour, il s'isole pour rédiger une autobiographie, Et le Vent reprend ses tours1. Ce livre exceptionnel représente l'un des plus beaux témoignages sur la dissidence. Installé au Royaume-Uni, ayant entamé des études de neurophysiologie, Boukovski continue sa lutte, convainquant plusieurs dirigeants occidentaux que l'URSS est beaucoup plus fragile qu'elle ne le laisse croire. À la chute de l'Union soviétique, en 1991, il plaide pour la mise en place d'un " proces de Nuremberg " du communisme.
Boris Eltsine, le nouveau président russe, hésite, puis renonce. Boukovski s'inquiete du discret retour aux commandes des membres de la police politique, qui aboutit a l'élection de Vladimir Poutine, lui-meme issu du KGB, en 2000. Il s'engage alors plus fortement et présente sa candidature aux élections présidentielles de 2008. Mais elle est invalidée. Auteur de plusieurs ouvrages sur son pays, Boukovski n'hésite pas a jeter un regard désabusé sur un monde occidental qu'il juge incapable de tirer les leçons du siecle communiste et obsédé par le politiquement correct. Malgré de fréquents séjours en Russie, il conseille l'opposition de chez lui. C'est dans sa petite maison des faubourgs de Cambridge qu'il nous a longuement reçus en février 2012. Fumant cigarette sur cigarette, répondant régulierement au téléphone pour échanger quelques mots avec ses amis russes, il nous explique pourquoi l'esprit de la dissidence s'est remis a souffler dans la Russie de Poutine. Depuis les élections frauduleuses de décembre 2011, une contestation de grande ampleur est apparue. Mais Vladimir Poutine a été réélu a la présidence et a intensifié la lutte contre toute forme d'opposition.
Ce mouvement a été récemment considéré par l'ONG Human Rights Watch comme la pire période de répression en Russie depuis la chute de l'URSS. C'est dire si les analyses de Vladimir Boukovski doivent etre écoutées. Elles replacent les événements récents dans une perspective plus vaste et leur donnent une profondeur humaine que seul peut formuler un acteur de l'histoire contemporaine.
in Études > 4184 (Avril 2013) . - 441-453 p.[article] L'Esprit de la dissidence : Entretien avec Vladimir Boukovski réalisé par Michel Etchaninoff [texte imprimé] / Vladimir Boukovski, Auteur ; Michel ELTCHANINOFF, Auteur . - 2013 . - 441-453 p.
Langues : Français
in Études > 4184 (Avril 2013) . - 441-453 p.
Mots-clés : Russie Note de contenu : Vladimir Boukovski, avec Alexandre Soljenitsyne ou Andrei Sakharov, a incarné l'esprit de résistance au régime soviétique. Né en 1942, ce moscovite s'est révolté très jeune contre la propagande et l'embrigadement pour la construction du socialisme. Dès le début des années 1960, il anime les premières manifestations de la dissidence. Menacé, exclu de l'université, suivi, tabassé, il est finalement arrêté. Durant douze ans, il enchaîne les séjours en hôpitaux psychiatriques (un moyen de faire passer les opposants pour des fous), en prison et dans des camps de travail. Il lutte pied a pied pour les droits des détenus, organise des actions collectives, résiste aux tentatives pour le briser. Excédés, inquiets de sa popularité croissante, les dirigeants soviétiques finissent par l'expulser vers l'Ouest, l'échangeant en 1976 contre un leader communiste chilien.
D'abord sous le feu des médias, fascinés par sa force de conviction et son humour, il s'isole pour rédiger une autobiographie, Et le Vent reprend ses tours1. Ce livre exceptionnel représente l'un des plus beaux témoignages sur la dissidence. Installé au Royaume-Uni, ayant entamé des études de neurophysiologie, Boukovski continue sa lutte, convainquant plusieurs dirigeants occidentaux que l'URSS est beaucoup plus fragile qu'elle ne le laisse croire. À la chute de l'Union soviétique, en 1991, il plaide pour la mise en place d'un " proces de Nuremberg " du communisme.
Boris Eltsine, le nouveau président russe, hésite, puis renonce. Boukovski s'inquiete du discret retour aux commandes des membres de la police politique, qui aboutit a l'élection de Vladimir Poutine, lui-meme issu du KGB, en 2000. Il s'engage alors plus fortement et présente sa candidature aux élections présidentielles de 2008. Mais elle est invalidée. Auteur de plusieurs ouvrages sur son pays, Boukovski n'hésite pas a jeter un regard désabusé sur un monde occidental qu'il juge incapable de tirer les leçons du siecle communiste et obsédé par le politiquement correct. Malgré de fréquents séjours en Russie, il conseille l'opposition de chez lui. C'est dans sa petite maison des faubourgs de Cambridge qu'il nous a longuement reçus en février 2012. Fumant cigarette sur cigarette, répondant régulierement au téléphone pour échanger quelques mots avec ses amis russes, il nous explique pourquoi l'esprit de la dissidence s'est remis a souffler dans la Russie de Poutine. Depuis les élections frauduleuses de décembre 2011, une contestation de grande ampleur est apparue. Mais Vladimir Poutine a été réélu a la présidence et a intensifié la lutte contre toute forme d'opposition.
Ce mouvement a été récemment considéré par l'ONG Human Rights Watch comme la pire période de répression en Russie depuis la chute de l'URSS. C'est dire si les analyses de Vladimir Boukovski doivent etre écoutées. Elles replacent les événements récents dans une perspective plus vaste et leur donnent une profondeur humaine que seul peut formuler un acteur de l'histoire contemporaine.Questions sur la mort de Ben Laden / Jonathan Chalier in Études, 4184 (Avril 2013)
[article]
Titre : Questions sur la mort de Ben Laden Type de document : texte imprimé Auteurs : Jonathan Chalier, Auteur Année de publication : 2013 Article en page(s) : 453-460 p. Langues : Français Mots-clés : Terrorisme Résumé : Le 1er mai 2011, le président Obama annonce publiquement la mort d'Oussama Ben Laden, le chef d'Al-Qaïda, organisation terroriste responsable des attaques du 11 septembre. Le président, habituellement à l'aise dans les discours, bafouille à deux reprises : juste avant et juste après la mention de la résolution du peuple américain de traduire les auteurs de l'attaque en justice. Faut-il y entendre un aveu d'injustice ? Quelle justice a donc été rendue ?
in Études > 4184 (Avril 2013) . - 453-460 p.[article] Questions sur la mort de Ben Laden [texte imprimé] / Jonathan Chalier, Auteur . - 2013 . - 453-460 p.
Langues : Français
in Études > 4184 (Avril 2013) . - 453-460 p.
Mots-clés : Terrorisme Résumé : Le 1er mai 2011, le président Obama annonce publiquement la mort d'Oussama Ben Laden, le chef d'Al-Qaïda, organisation terroriste responsable des attaques du 11 septembre. Le président, habituellement à l'aise dans les discours, bafouille à deux reprises : juste avant et juste après la mention de la résolution du peuple américain de traduire les auteurs de l'attaque en justice. Faut-il y entendre un aveu d'injustice ? Quelle justice a donc été rendue ? Contre la "sainte famille" / Fabrice HADJADJ in Études, 4184 (Avril 2013)
[article]
Titre : Contre la "sainte famille" Type de document : texte imprimé Auteurs : Fabrice HADJADJ, Auteur Année de publication : 2013 Article en page(s) : 461-472 p. Langues : Français Catégories : FAMILLE Mots-clés : Homoparentalité Parentalité Résumé : Si je m'attaque au texte intitulé " La saine famille ", paru dans les Études de février, ce n'est pas pour le bonheur de contredire publiquement, mais pour l'occasion de méditer ensemble sur l'essence même du mystère chrétien. Pour ce qui est de contredire, au reste, Michel Serres avait osé cet avertissement au début de son texte : " Avant de commencer, j'avoue que, n'étant ni exégète ni théologien, je cours le risque de me tromper. " Clause rhétorique de modestie ? La question est permise, d'autant que son auteur prétend fournir, sur la " question du mariage homosexuel ", une " méditation proprement chrétienne, voire catholique ", qu'auraient négligée les évêques catholiques eux-mêmes ! Mais je veux bien prendre son avertissement pour un sincère aveu d'incompétence. Je me contenterai donc de confirmer Michel Serres sur ce point - il a couru le risque et s'est, me semble-t-il, effectivement trompé.
Quelle est sa thèse ? Une vieille toupie rien moins qu'originale. On l'a vue récemment s'étaler sur des banderoles : " Jésus avait deux papas et une mère porteuse. " On l'a lue, cinq années en arrière, et soutenue avec beaucoup plus de brio et d'érudition, chez Pierre-Emmanuel Dauzat, dans son livre Les Sexes du Christ. Il s'agit de dire que la Sainte Famille déconstruit la famille naturelle, qu'elle brise les liens du sang, au profit de liens électifs. À l'évidence, ce divin ménage mène un étrange manège. Le sexe y paraît absent, la paternité et la maternité n'y sont pas ordinaires. Tout y relève du surnaturel et, donc, de quelque chose qui va contre ou au-delà de la nature. On voit mal, par voie de conséquence, comment la Sainte Famille, si anormale, pourrait servir de garantie au mariage et à la filiation " biologiques ".
Détaillons. Joseph n'est qu'un père adoptif, ou un deuxième père, pièce rapportée par le Premier. Marie, toujours vierge, est la pionnière de la " gestation pour autrui ". L'Annonciation sort du retable pour entrer au laboratoire : n'est-elle pas le prototype de la PMA ? L'archange Gabriel y procède à une insémination artificielle (en tout cas pas naturelle), voire à une implantation après concoctage en éprouvette céleste. Les revendications " homoparentales " sont donc plus évangéliques, plus libres et détachées du déterminisme charnel, que la doctrine de l'Église, polluée par des apports philosophiques étrangers.
in Études > 4184 (Avril 2013) . - 461-472 p.[article] Contre la "sainte famille" [texte imprimé] / Fabrice HADJADJ, Auteur . - 2013 . - 461-472 p.
Langues : Français
in Études > 4184 (Avril 2013) . - 461-472 p.
Catégories : FAMILLE Mots-clés : Homoparentalité Parentalité Résumé : Si je m'attaque au texte intitulé " La saine famille ", paru dans les Études de février, ce n'est pas pour le bonheur de contredire publiquement, mais pour l'occasion de méditer ensemble sur l'essence même du mystère chrétien. Pour ce qui est de contredire, au reste, Michel Serres avait osé cet avertissement au début de son texte : " Avant de commencer, j'avoue que, n'étant ni exégète ni théologien, je cours le risque de me tromper. " Clause rhétorique de modestie ? La question est permise, d'autant que son auteur prétend fournir, sur la " question du mariage homosexuel ", une " méditation proprement chrétienne, voire catholique ", qu'auraient négligée les évêques catholiques eux-mêmes ! Mais je veux bien prendre son avertissement pour un sincère aveu d'incompétence. Je me contenterai donc de confirmer Michel Serres sur ce point - il a couru le risque et s'est, me semble-t-il, effectivement trompé.
Quelle est sa thèse ? Une vieille toupie rien moins qu'originale. On l'a vue récemment s'étaler sur des banderoles : " Jésus avait deux papas et une mère porteuse. " On l'a lue, cinq années en arrière, et soutenue avec beaucoup plus de brio et d'érudition, chez Pierre-Emmanuel Dauzat, dans son livre Les Sexes du Christ. Il s'agit de dire que la Sainte Famille déconstruit la famille naturelle, qu'elle brise les liens du sang, au profit de liens électifs. À l'évidence, ce divin ménage mène un étrange manège. Le sexe y paraît absent, la paternité et la maternité n'y sont pas ordinaires. Tout y relève du surnaturel et, donc, de quelque chose qui va contre ou au-delà de la nature. On voit mal, par voie de conséquence, comment la Sainte Famille, si anormale, pourrait servir de garantie au mariage et à la filiation " biologiques ".
Détaillons. Joseph n'est qu'un père adoptif, ou un deuxième père, pièce rapportée par le Premier. Marie, toujours vierge, est la pionnière de la " gestation pour autrui ". L'Annonciation sort du retable pour entrer au laboratoire : n'est-elle pas le prototype de la PMA ? L'archange Gabriel y procède à une insémination artificielle (en tout cas pas naturelle), voire à une implantation après concoctage en éprouvette céleste. Les revendications " homoparentales " sont donc plus évangéliques, plus libres et détachées du déterminisme charnel, que la doctrine de l'Église, polluée par des apports philosophiques étrangers.Développement durable et crise de la représentation / Cécile RENOUARD in Études, 4184 (Avril 2013)
[article]
Titre : Développement durable et crise de la représentation Type de document : texte imprimé Auteurs : Cécile RENOUARD, Auteur Année de publication : 2013 Article en page(s) : 473-484 p. Langues : Français Mots-clés : Développement durable Résumé : Nos sociétés ont et auront toujours plus besoin des compétences pointues des experts pour contribuer à résoudre les défis d'une mutation vers de nouveaux modèles de production, de consommation et de vie. Mais nous voyons bien que les enjeux actuels ne relèvent pas seulement des décisions éclairées de spécialistes, concernant le climat, l'aménagement du territoire, le financement de la transition énergétique. Les décisions relèvent d'abord de choix politiques, et méritent d'être largement débattues dans l'espace public, en faisant intervenir des critères de discernement éthique.
Lorsque les aspects techniques, éthiques et politiques s'entremêlent étroitement, comment régler les choix collectifs ? Les propos entendus il y a deux mois à Perth lors d'une conférence internationale de pétroliers sur les sujets HSE (Health, Security, Environment) sont significatifs du conflit entre la rationalité technoscientifique adossée à des impératifs financiers et la rationalité symbolique, en quête d'éthique et de sens : officiellement, un discours est tenu en faveur de l'exploitation indéfinie la plus responsable possible des gaz et pétrole de schiste, pour répondre aux besoins énergétiques croissants de l'humanité ; et officieusement, une reconnaissance par les dirigeants des impasses de nos modèles de croissance : " nous allons dans le mur ", me disait-on, cette reconnaissance étant immédiatement assortie de " je ne devrais pas vous dire cela " ou " surtout ne dites pas que je vous ai dit cela ". Il y a donc une contradiction entre une conscience professionnelle et personnelle des problèmes et un refus collectif de s'interroger sur les finalités et sur les moyens dès lors qu'ils diminuent les perspectives de gains financiers. En arrière-fond, l'absence du politique est frappante - une absence qui apparaît comme un défaut de représentation politique aux deux sens du terme : une absence de représentations communes des projets de société à construire ; une absence de représentation politique pertinente des intérêts collectifs à long terme.
Nous assistons aujourd'hui à une double reconnaissance des tensions, voire des impasses, du libéralisme tel qu'il s'est développé depuis deux siècles : d'un côté, l'hypertrophie d'une approche économiciste, managériale et technicienne, des problèmes ; de l'autre l'incapacité des institutions politiques libérales à prendre en charge les problèmes posés par nos sociétés. Il faut remonter plus loin, creuser pour analyser les ressorts éthiques, voire métaphysiques qui concernent les finalités que nous nous donnons et qui permettent de repenser une juste place de l'expertise, au service de projets politiques capables de prendre en charge un nouveau rapport à l'espace et au temps. C'est ce qu'il est possible de désigner comme une nouvelle approche de la représentation - à la fois comme représentation sociétale et comme mode de représentation politique. Il en découle alors, peut-être, une vision renouvelée du développement et des modèles économiques à promouvoir.
Les propos qui suivent abordent les enjeux d'une représentation politique élargie avant de s'interroger sur la nature des représentations sociétales à promouvoir, afin de favoriser une utopie transformatrice.
in Études > 4184 (Avril 2013) . - 473-484 p.[article] Développement durable et crise de la représentation [texte imprimé] / Cécile RENOUARD, Auteur . - 2013 . - 473-484 p.
Langues : Français
in Études > 4184 (Avril 2013) . - 473-484 p.
Mots-clés : Développement durable Résumé : Nos sociétés ont et auront toujours plus besoin des compétences pointues des experts pour contribuer à résoudre les défis d'une mutation vers de nouveaux modèles de production, de consommation et de vie. Mais nous voyons bien que les enjeux actuels ne relèvent pas seulement des décisions éclairées de spécialistes, concernant le climat, l'aménagement du territoire, le financement de la transition énergétique. Les décisions relèvent d'abord de choix politiques, et méritent d'être largement débattues dans l'espace public, en faisant intervenir des critères de discernement éthique.
Lorsque les aspects techniques, éthiques et politiques s'entremêlent étroitement, comment régler les choix collectifs ? Les propos entendus il y a deux mois à Perth lors d'une conférence internationale de pétroliers sur les sujets HSE (Health, Security, Environment) sont significatifs du conflit entre la rationalité technoscientifique adossée à des impératifs financiers et la rationalité symbolique, en quête d'éthique et de sens : officiellement, un discours est tenu en faveur de l'exploitation indéfinie la plus responsable possible des gaz et pétrole de schiste, pour répondre aux besoins énergétiques croissants de l'humanité ; et officieusement, une reconnaissance par les dirigeants des impasses de nos modèles de croissance : " nous allons dans le mur ", me disait-on, cette reconnaissance étant immédiatement assortie de " je ne devrais pas vous dire cela " ou " surtout ne dites pas que je vous ai dit cela ". Il y a donc une contradiction entre une conscience professionnelle et personnelle des problèmes et un refus collectif de s'interroger sur les finalités et sur les moyens dès lors qu'ils diminuent les perspectives de gains financiers. En arrière-fond, l'absence du politique est frappante - une absence qui apparaît comme un défaut de représentation politique aux deux sens du terme : une absence de représentations communes des projets de société à construire ; une absence de représentation politique pertinente des intérêts collectifs à long terme.
Nous assistons aujourd'hui à une double reconnaissance des tensions, voire des impasses, du libéralisme tel qu'il s'est développé depuis deux siècles : d'un côté, l'hypertrophie d'une approche économiciste, managériale et technicienne, des problèmes ; de l'autre l'incapacité des institutions politiques libérales à prendre en charge les problèmes posés par nos sociétés. Il faut remonter plus loin, creuser pour analyser les ressorts éthiques, voire métaphysiques qui concernent les finalités que nous nous donnons et qui permettent de repenser une juste place de l'expertise, au service de projets politiques capables de prendre en charge un nouveau rapport à l'espace et au temps. C'est ce qu'il est possible de désigner comme une nouvelle approche de la représentation - à la fois comme représentation sociétale et comme mode de représentation politique. Il en découle alors, peut-être, une vision renouvelée du développement et des modèles économiques à promouvoir.
Les propos qui suivent abordent les enjeux d'une représentation politique élargie avant de s'interroger sur la nature des représentations sociétales à promouvoir, afin de favoriser une utopie transformatrice.Le sens de la vie chez Hans Jonas / Eric Pommier in Études, 4184 (Avril 2013)
[article]
Titre : Le sens de la vie chez Hans Jonas Type de document : texte imprimé Auteurs : Eric Pommier, Auteur Année de publication : 2013 Article en page(s) : 485-496 p. Langues : Français Résumé : Hans Jonas naît en 1903 en Allemagne, quasiment avec le siècle dont il traversera les épreuves qui marqueront sa philosophie. Élevé dans un milieu de confession juive, très impliqué pendant un temps dans le sionisme, il recevra l'enseignement de Husserl, de Heidegger et de Bultmann. Il sera proche de Leo Strauss, de Günther Anders et surtout d'Hannah Arendt dont l'amicale fidélité durera toute sa vie, à l'exception près d'une période de brouille consécutive à la publication d'Eichmann a Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal. Il fréquente Karl Löwith et Hans- Georg Gadamer. C'est la prise de pouvoir de Hitler qui viendra mettre un terme à cette vie d'étudiant passionné qui s'était concrétisée par un travail de doctorat portant sur le sens de la Gnose dans l'Antiquité tardive et dont Heidegger avait accepté la direction. Obligé de fuir, Jonas s'exile à Londres puis émigre en Palestine où il se lie à Gershom Sholem. L'entrée en guerre de l'Allemagne coïncide avec l'engagement militaire de Jonas qui jure de revenir dans son pays sous l'uniforme du soldat d'un pays libérateur. C'est au sein de l'armée britannique qu'il portera les armes. Les intermit- tences du combat lui laissent la possibilité de poursuivre son travail de philosophe, ce qu'il fera loin des bibliothèques, notamment dans une correspondance nourrie et savante - à propos de la philosophie de la biologie - avec sa femme Lore, décédée il y a peu, quelque vingt ans après la mort de son époux en 1993. Entrant dans un pays libéré de la barbarie nazie en 1945, il apprend la mort de sa mère en camp de déportation. Hans Jonas poursuivra ensuite des activités d'enseignement à Jérusalem et au Canada avant de devenir professeur à la New School for Social Research de New York en 1955 où il accomplira le reste de sa carrière1.
Hans Jonas n'est pas inconnu du public cultivé. En revanche, la perception de son oeuvre n'est pas appréhendée dans sa continuité et dans son unité. C'est au contraire de manière dispersée, parfois même au prix de la distorsion de ses concepts les plus fondamentaux, que sa pensée est divulguée. Tantôt on sait qu'il s'est intéressé à la Gnose2 ou bien qu'il a écrit un ouvrage de théogonie portant sur le concept de Dieu après Auschwitz, tantôt on connaît Jonas à cause du principe responsabilité qu'il a formulé et du souci pour les générations futures qu'il a exprimé. Pourtant le lien qui unit ces différents aspects de sa philosophie semble faire défaut et l'anecdote contée par Ricoeur, à qui un étudiant américain avait demandé si le Monsieur Jonas de la Gnose était parent avec le Hans Jonas de la responsabilité, est à cet égard révélatrice.
C'est pourtant bien autour du thème unificateur de la vie que cette philosophie trouve son unité, philosophie dont Hans Jonas lui-même récapitule les trois moments de la manière suivante :
Ce fut tout d'abord l'effort de relire la Gnose de la fin de l'Antiquité a la lumière de l'analytique existentiale. Ensuite, il y eut la rencontre avec les sciences de la nature sur la voie d'une philosophie de l'organisme. Puis finalement le tournant depuis la philosophie théorique vers la philosophie pratique - c'est-à -dire vers l'éthique - en réponse au défi de plus en plus incontournable de la technique.3
Comme nous allons le voir, on pourrait dire en effet que c'est en découvrant un air de famille entre l'esprit de la Gnose et l'existentialisme contemporain qu'Hans Jonas est amené à prendre conscience d'une logique à l'oeuvre dans l'histoire de la pensée qui la conduit à oublier la vie. Dès lors s'imposera à lui la nécessité de sortir la vie de cet oubli en la prenant pour thème d'une réflexion construite en dialogue avec les données de la biologie. Fort d'une telle philosophie de la vie, il pourra alors prendre en charge les défis contemporains lancés par la technique en proposant une éthique de la responsabilité, qui nous dresse des obligations à l'égard de la vie et des générations futures.
in Études > 4184 (Avril 2013) . - 485-496 p.[article] Le sens de la vie chez Hans Jonas [texte imprimé] / Eric Pommier, Auteur . - 2013 . - 485-496 p.
Langues : Français
in Études > 4184 (Avril 2013) . - 485-496 p.
Résumé : Hans Jonas naît en 1903 en Allemagne, quasiment avec le siècle dont il traversera les épreuves qui marqueront sa philosophie. Élevé dans un milieu de confession juive, très impliqué pendant un temps dans le sionisme, il recevra l'enseignement de Husserl, de Heidegger et de Bultmann. Il sera proche de Leo Strauss, de Günther Anders et surtout d'Hannah Arendt dont l'amicale fidélité durera toute sa vie, à l'exception près d'une période de brouille consécutive à la publication d'Eichmann a Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal. Il fréquente Karl Löwith et Hans- Georg Gadamer. C'est la prise de pouvoir de Hitler qui viendra mettre un terme à cette vie d'étudiant passionné qui s'était concrétisée par un travail de doctorat portant sur le sens de la Gnose dans l'Antiquité tardive et dont Heidegger avait accepté la direction. Obligé de fuir, Jonas s'exile à Londres puis émigre en Palestine où il se lie à Gershom Sholem. L'entrée en guerre de l'Allemagne coïncide avec l'engagement militaire de Jonas qui jure de revenir dans son pays sous l'uniforme du soldat d'un pays libérateur. C'est au sein de l'armée britannique qu'il portera les armes. Les intermit- tences du combat lui laissent la possibilité de poursuivre son travail de philosophe, ce qu'il fera loin des bibliothèques, notamment dans une correspondance nourrie et savante - à propos de la philosophie de la biologie - avec sa femme Lore, décédée il y a peu, quelque vingt ans après la mort de son époux en 1993. Entrant dans un pays libéré de la barbarie nazie en 1945, il apprend la mort de sa mère en camp de déportation. Hans Jonas poursuivra ensuite des activités d'enseignement à Jérusalem et au Canada avant de devenir professeur à la New School for Social Research de New York en 1955 où il accomplira le reste de sa carrière1.
Hans Jonas n'est pas inconnu du public cultivé. En revanche, la perception de son oeuvre n'est pas appréhendée dans sa continuité et dans son unité. C'est au contraire de manière dispersée, parfois même au prix de la distorsion de ses concepts les plus fondamentaux, que sa pensée est divulguée. Tantôt on sait qu'il s'est intéressé à la Gnose2 ou bien qu'il a écrit un ouvrage de théogonie portant sur le concept de Dieu après Auschwitz, tantôt on connaît Jonas à cause du principe responsabilité qu'il a formulé et du souci pour les générations futures qu'il a exprimé. Pourtant le lien qui unit ces différents aspects de sa philosophie semble faire défaut et l'anecdote contée par Ricoeur, à qui un étudiant américain avait demandé si le Monsieur Jonas de la Gnose était parent avec le Hans Jonas de la responsabilité, est à cet égard révélatrice.
C'est pourtant bien autour du thème unificateur de la vie que cette philosophie trouve son unité, philosophie dont Hans Jonas lui-même récapitule les trois moments de la manière suivante :
Ce fut tout d'abord l'effort de relire la Gnose de la fin de l'Antiquité a la lumière de l'analytique existentiale. Ensuite, il y eut la rencontre avec les sciences de la nature sur la voie d'une philosophie de l'organisme. Puis finalement le tournant depuis la philosophie théorique vers la philosophie pratique - c'est-à -dire vers l'éthique - en réponse au défi de plus en plus incontournable de la technique.3
Comme nous allons le voir, on pourrait dire en effet que c'est en découvrant un air de famille entre l'esprit de la Gnose et l'existentialisme contemporain qu'Hans Jonas est amené à prendre conscience d'une logique à l'oeuvre dans l'histoire de la pensée qui la conduit à oublier la vie. Dès lors s'imposera à lui la nécessité de sortir la vie de cet oubli en la prenant pour thème d'une réflexion construite en dialogue avec les données de la biologie. Fort d'une telle philosophie de la vie, il pourra alors prendre en charge les défis contemporains lancés par la technique en proposant une éthique de la responsabilité, qui nous dresse des obligations à l'égard de la vie et des générations futures.Le parvis des Gentils / Laurent Mazas in Études, 4184 (Avril 2013)
[article]
Titre : Le parvis des Gentils Type de document : texte imprimé Auteurs : Laurent Mazas, Auteur Année de publication : 2013 Langues : Français Mots-clés : Foi et culture Résumé : Le 23 octobre 2012, les Pères du Synode des Évêques sur la Nouvelle Évangélisation votaient une proposition parmi les 57 qui étaient présentées au pape Benoît xvi , sur le " Parvis des Gentils ". Dès le lendemain, dans son homélie conclusive, le pape citait lui-même l'initiative comme exemple de " créativité pastorale, pour se rendre proche des personnes éloignées ou en recherche du sens de la vie, du bonheur et, en définitive, de Dieu. "
Comment comprendre le " Parvis des Gentils ", cette initiative qui en moins de deux ans est devenue, en témoigne la proposition du Synode, une préoccupation de l'Église universelle, mais aussi un lieu d'intérêt pour beaucoup d'hommes et de femmes éloignés de l'Église ou, plus encore, de la foi ?
in Études > 4184 (Avril 2013)[article] Le parvis des Gentils [texte imprimé] / Laurent Mazas, Auteur . - 2013.
Langues : Français
in Études > 4184 (Avril 2013)
Mots-clés : Foi et culture Résumé : Le 23 octobre 2012, les Pères du Synode des Évêques sur la Nouvelle Évangélisation votaient une proposition parmi les 57 qui étaient présentées au pape Benoît xvi , sur le " Parvis des Gentils ". Dès le lendemain, dans son homélie conclusive, le pape citait lui-même l'initiative comme exemple de " créativité pastorale, pour se rendre proche des personnes éloignées ou en recherche du sens de la vie, du bonheur et, en définitive, de Dieu. "
Comment comprendre le " Parvis des Gentils ", cette initiative qui en moins de deux ans est devenue, en témoigne la proposition du Synode, une préoccupation de l'Église universelle, mais aussi un lieu d'intérêt pour beaucoup d'hommes et de femmes éloignés de l'Église ou, plus encore, de la foi ?Chine: vision(s) de la tradition / Nicolas Idier in Études, 4184 (Avril 2013)
[article]
Titre : Chine: vision(s) de la tradition Type de document : texte imprimé Auteurs : Nicolas Idier, Auteur Année de publication : 2013 Article en page(s) : 509-520 p. Langues : Français Catégories : TRADITION Mots-clés : Chine Résumé : La Chine contemporaine a avancé par grandes dates, manifestations régulières d'un souci de rupture - de quoi s'interroger sur la prétendue stabilité chinoise, qui fait encore aujourd'hui partie du discours officiel, convenablement relayé par de nombreux auteurs d'ouvrages sur ce pays. En deux temps, se joue le paradoxe de la modernité chinoise, dès ses premières avancées. Le premier temps s'élonge du 11 juin au 21 septembre 1898 : c'est la Réforme des Cent Jours, menée par Kang Youwei et mille trois-cents lettrés qui soumettent à l'Empereur un mémoire demandant la réforme du système politique par l'instauration d'une monarchie constitutionnelle. Kang Youwei (1858-1927) tente avec ardeur de puiser dans l'héritage des Classiques, qu'il redouble d'une forme de messianisme religieux, et fait de la tradition l'horizon de la modernité à laquelle il aspire. La figure de Confucius est la clef de voute de son système. Tout au long du xxe siècle et jusqu'à aujourd'hui où il a donné son nom au soft-power à la chinoise avec la floraison internationale d'instituts éponymes. Le Maître apparaît comme la figure de proue de la tradition, tantôt à déboulonner pour faire avancer plus vite le vaisseau, tantôt à redorer, pour en augmenter les fastes. Le deuxième temps est celui, inlassablement rappelé par l'historiographie chinoise et occidentale, du 4 mai 1919. Mouvement d'étudiants indignés par les clauses du traité de Versailles (où l'on constate aussi à quel point la Grande Guerre fut mondiale, jusqu'en ses résolutions) qui octroient au Japon d'anciennes possessions allemandes en Chine, il est également l'occasion d'une intense effervescence intellectuelle. Aux cris de " À bas la boutique de Confucius ! ", slogan qui sera repris pendant la Révolution culturelle, il manifeste la tension douloureuse de la Chine moderne envers sa culture classique.
Considérant la tradition comme une des formes multiples que prend le rapport que nous entretenons avec le passé, ce que nous en avons hérité et les dispositifs que nous mettons en place pour entretenir ce passé afin de le maintenir au présent, étant animés de la conviction, conviction d'une telle intensité et d'un tel manque de rationalité qu'elle confine à la croyance, que ce passé mérite d'être prolongé, voire renouvelé, la Chine d'aujourd'hui offre ainsi un vrai modèle d'étude. En effet, si tous les pays et toutes les cultures se définissent par rapport à une histoire peu à peu concaténée en " tradition " destinée à contribuer à la définition de leur identité, rares sont ceux qui peuvent tout à la fois prétendre à une histoire culturelle dont on fait volontiers remonter l'horloge au troisième millénaire avant notre ère, et avoir construit leur modernité actuelle en rupture avec la notion même de tradition. Ce texte vise à soulever le paradoxe, en examiner les nuances, mais également à entrevoir des voies d'éclaircissement. Libres à nous de réfléchir ensuite à notre rapport à l'égard de notre propre tradition judéo-chrétienne car, sans verser dans la rhétorique du " détour par la Chine ", il n'est pas difficile de constater que la question du rapport à la tradition est une question universellement partagée par l'ensemble des sociétés humaines, puisqu'il s'agit tout simplement du rapport à l'Histoire - à entendre dans son sens de passé - de toute culture et de l'actualité de ce passé.
Sur un plan plus vaste, on peut d'ailleurs dire que cette conscience de l'Histoire et ce culte de l'Antiquité qui caractérisent la mentalité chinoise, ne visent essentiellement que des valeurs spirituelles d'une permanence abstraite. Quant aux incarnations matérielles du passé (monuments d'architectures, oeuvres d'art, etc.), on ne voit en elles au fond que des expressions transitoires et relatives de ces valeurs ; et l'on considere que leur préservation ou leur destruction ne saurait avoir d'incidences majeures sur le destin de la culture. Aussi la Chine - compte tenu de la richesse et de l'antiquité de sa civilisation - est-elle étonnamment pauvre en ce qui regarde les témoins matériels de son passé, et les bouleversements successifs de son histoire ne sauraient a eux seuls rendre compte de ce dénuement. Dans cette attitude de négligence a l'égard des oeuvres, entre aussi pour une part la robuste confiance que la Chine a toujours eue en ses inépuisables ressources de métamorphose et de création. La manie conservatrice - cette mortelle vitrinification du Musée - (qui atteint aujourd'hui en Occident des proportions pathologiques), ne se développe qu'au moment ou une civilisation devient consciente de son impuissance a inventer le présent.1
L'auteur de ces lignes, Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, a tiré sa grande capacité d'analyse du système politique chinois ainsi qu'un regard aiguisé sur notre époque, d'une qualité qui n'est pas si fréquente : tenir les yeux grands ouverts. " Tout doit partir de l'oeil ", répétait aussi Flora Blanchon, historienne de l'art passionnée, fondatrice du Centre de recherche sur l'Extrême-Orient de Paris-Sorbonne, à qui cet article est dédié. La Chine d'aujourd'hui, tout comme celle d'hier, doit être vue pour être comprise, et ce qui n'est pas visible est généralement lisible. Visibilité et lisibilité se complètent pour aborder la question, difficile et actuelle, de la tradition, ce que souligne avec force l'un des derniers ouvrages édités par Flora Blanchon, Le Nouvel âge de Confucius2, où l'on s'informe de ceci, qui n'est pas anodin :
Le temple de Confucius, la maison et la nécropole de la famille de Confucius viennent d'etre inscrits au Patrimoine mondial de l'Unesco. La ville, classée " Ville historique de Chine ", est appelée a devenir un centre de pelerinage et ses responsables se sont pragmatiquement intéressés de pres a l'expérience de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Mis en parallèle avec la citation précédente, serait-ce que la Chine, entrée dans une phase de " mortelle vitrinification du Musée ", est devenue consciente de son impuissance à inventer le présent ?
in Études > 4184 (Avril 2013) . - 509-520 p.[article] Chine: vision(s) de la tradition [texte imprimé] / Nicolas Idier, Auteur . - 2013 . - 509-520 p.
Langues : Français
in Études > 4184 (Avril 2013) . - 509-520 p.
Catégories : TRADITION Mots-clés : Chine Résumé : La Chine contemporaine a avancé par grandes dates, manifestations régulières d'un souci de rupture - de quoi s'interroger sur la prétendue stabilité chinoise, qui fait encore aujourd'hui partie du discours officiel, convenablement relayé par de nombreux auteurs d'ouvrages sur ce pays. En deux temps, se joue le paradoxe de la modernité chinoise, dès ses premières avancées. Le premier temps s'élonge du 11 juin au 21 septembre 1898 : c'est la Réforme des Cent Jours, menée par Kang Youwei et mille trois-cents lettrés qui soumettent à l'Empereur un mémoire demandant la réforme du système politique par l'instauration d'une monarchie constitutionnelle. Kang Youwei (1858-1927) tente avec ardeur de puiser dans l'héritage des Classiques, qu'il redouble d'une forme de messianisme religieux, et fait de la tradition l'horizon de la modernité à laquelle il aspire. La figure de Confucius est la clef de voute de son système. Tout au long du xxe siècle et jusqu'à aujourd'hui où il a donné son nom au soft-power à la chinoise avec la floraison internationale d'instituts éponymes. Le Maître apparaît comme la figure de proue de la tradition, tantôt à déboulonner pour faire avancer plus vite le vaisseau, tantôt à redorer, pour en augmenter les fastes. Le deuxième temps est celui, inlassablement rappelé par l'historiographie chinoise et occidentale, du 4 mai 1919. Mouvement d'étudiants indignés par les clauses du traité de Versailles (où l'on constate aussi à quel point la Grande Guerre fut mondiale, jusqu'en ses résolutions) qui octroient au Japon d'anciennes possessions allemandes en Chine, il est également l'occasion d'une intense effervescence intellectuelle. Aux cris de " À bas la boutique de Confucius ! ", slogan qui sera repris pendant la Révolution culturelle, il manifeste la tension douloureuse de la Chine moderne envers sa culture classique.
Considérant la tradition comme une des formes multiples que prend le rapport que nous entretenons avec le passé, ce que nous en avons hérité et les dispositifs que nous mettons en place pour entretenir ce passé afin de le maintenir au présent, étant animés de la conviction, conviction d'une telle intensité et d'un tel manque de rationalité qu'elle confine à la croyance, que ce passé mérite d'être prolongé, voire renouvelé, la Chine d'aujourd'hui offre ainsi un vrai modèle d'étude. En effet, si tous les pays et toutes les cultures se définissent par rapport à une histoire peu à peu concaténée en " tradition " destinée à contribuer à la définition de leur identité, rares sont ceux qui peuvent tout à la fois prétendre à une histoire culturelle dont on fait volontiers remonter l'horloge au troisième millénaire avant notre ère, et avoir construit leur modernité actuelle en rupture avec la notion même de tradition. Ce texte vise à soulever le paradoxe, en examiner les nuances, mais également à entrevoir des voies d'éclaircissement. Libres à nous de réfléchir ensuite à notre rapport à l'égard de notre propre tradition judéo-chrétienne car, sans verser dans la rhétorique du " détour par la Chine ", il n'est pas difficile de constater que la question du rapport à la tradition est une question universellement partagée par l'ensemble des sociétés humaines, puisqu'il s'agit tout simplement du rapport à l'Histoire - à entendre dans son sens de passé - de toute culture et de l'actualité de ce passé.
Sur un plan plus vaste, on peut d'ailleurs dire que cette conscience de l'Histoire et ce culte de l'Antiquité qui caractérisent la mentalité chinoise, ne visent essentiellement que des valeurs spirituelles d'une permanence abstraite. Quant aux incarnations matérielles du passé (monuments d'architectures, oeuvres d'art, etc.), on ne voit en elles au fond que des expressions transitoires et relatives de ces valeurs ; et l'on considere que leur préservation ou leur destruction ne saurait avoir d'incidences majeures sur le destin de la culture. Aussi la Chine - compte tenu de la richesse et de l'antiquité de sa civilisation - est-elle étonnamment pauvre en ce qui regarde les témoins matériels de son passé, et les bouleversements successifs de son histoire ne sauraient a eux seuls rendre compte de ce dénuement. Dans cette attitude de négligence a l'égard des oeuvres, entre aussi pour une part la robuste confiance que la Chine a toujours eue en ses inépuisables ressources de métamorphose et de création. La manie conservatrice - cette mortelle vitrinification du Musée - (qui atteint aujourd'hui en Occident des proportions pathologiques), ne se développe qu'au moment ou une civilisation devient consciente de son impuissance a inventer le présent.1
L'auteur de ces lignes, Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, a tiré sa grande capacité d'analyse du système politique chinois ainsi qu'un regard aiguisé sur notre époque, d'une qualité qui n'est pas si fréquente : tenir les yeux grands ouverts. " Tout doit partir de l'oeil ", répétait aussi Flora Blanchon, historienne de l'art passionnée, fondatrice du Centre de recherche sur l'Extrême-Orient de Paris-Sorbonne, à qui cet article est dédié. La Chine d'aujourd'hui, tout comme celle d'hier, doit être vue pour être comprise, et ce qui n'est pas visible est généralement lisible. Visibilité et lisibilité se complètent pour aborder la question, difficile et actuelle, de la tradition, ce que souligne avec force l'un des derniers ouvrages édités par Flora Blanchon, Le Nouvel âge de Confucius2, où l'on s'informe de ceci, qui n'est pas anodin :
Le temple de Confucius, la maison et la nécropole de la famille de Confucius viennent d'etre inscrits au Patrimoine mondial de l'Unesco. La ville, classée " Ville historique de Chine ", est appelée a devenir un centre de pelerinage et ses responsables se sont pragmatiquement intéressés de pres a l'expérience de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Mis en parallèle avec la citation précédente, serait-ce que la Chine, entrée dans une phase de " mortelle vitrinification du Musée ", est devenue consciente de son impuissance à inventer le présent ?
Exemplaires
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